Le médecin de la préfecture, consulté un jour de crise, dit à Marcant:

—Elle est touchée. Il y a des complications qui m'échappent. Je reconnais, dans toutes les maladies, des cas où certaine «malignité» indéfinissable s'en mêle... Qu'est-ce que c'est? Nous n'en savons rien. C'est la fine blessure empoisonnée de l'invisible: c'est la mort. Quant à elle, puisque vous exigez l'absolue sincérité, elle est condamnée. En a-t-elle pour six mois, ou davantage, ou pour quelques semaines? je ne sais plus. Ce qui est certain, c'est qu'elle est perdue.

Elle ne se démentit pas. Marcant s'irritait parfois contre lui-même, de ne pouvoir paraître affectueux. C'était plus fort que lui; il n'y a point d'autre expression pour dire cette invincible impossibilité qu'il éprouvait à lui parler comme autrefois... Il ne l'avait plus embrassée, jamais. Sa brutale sincérité n'avait pu se résoudre à cette comédie, même pour Georges.

Elle le regardait toujours timidement, comme les pauvres chiens qu'on a trop battus. Du reste, il évitait de la regarder en face, sentant que, malgré lui, il mettrait dans son regard une sévérité qui n'était plus dans sa volonté.

Maintenant, se voyant faiblir chaque jour davantage, elle parlait à son Georges du départ possible, mais involontaire: de la mort.

—Pourquoi est-ce qu'on meurt?

—Parce que le bon Dieu le veut. On ne peut pas faire autrement: on quitte son mari, son enfant. On les regrette beaucoup, mais il faut partir. Et eux, ils ne doivent pas pleurer longtemps pour ne pas faire de la peine aux morts...—Elle reprenait:—Quand je t'ai quitté une fois, je ne t'ai pas dit adieu. Aussi, tu vois, maintenant, je t'avertis!

—Oh! reste avec nous, maman!

—Encore un peu de temps, oui, je veux bien, si je peux... le plus longtemps que je pourrai.

Elle l'enseignait ainsi, le consolant par avance... Un jour, il courut à son père, qui travaillait dans son grand cabinet: