—François, va me chercher au salon le petit coffret de fer qui est sur ma table.

Il ajouta en lui-même: «Oui, cela vaudra mieux!»

Le valet de chambre descendit, revint. Pierre prit la boîte de fer poli qui luisait dans son neuf, et, penché à l'avant du yacht, il regarda l'eau. Elle riait par instants. Les cassures du clapotis avaient des caprices charmants. Des lignes de feu s'entre-croisaient sur le bleu violent de la mer lentement houleuse. Un immense réseau de ces fils de feu, entre-croisés, ondulait sur le glacis des eaux. Elle semblait prise tout entière et comme captive du soleil amoureux, la mer féminine, sous ce filet merveilleux où la proue de l'Ibis Bleu entrait avec un bruit de soie déchirée. Pierre s'amusait à suivre sur la poitrine de son joli yacht, d'un blanc bleuté, un ondoyant reflet de la lumière mêlée d'ombre. Puis ses yeux, de nouveau portés sur la mer, cherchèrent à juger les fonds.

Une accalmie de tous ces papillotements suivit une large ondulation de houle venue par le travers, et il entrevit du sombre, du bleu opaque, un abîme.

Il balança un instant le lourd petit coffre afin de le projeter le plus loin possible, et le lâcha enfin... La boîte, tournoyante, creva l'eau qui cracha des perles et qui se referma. Un éclair. Plus rien. La boîte lourde descendait. Pierre, en esprit, la suivait, très amusé par la poésie de ce sacrifice définitif. Il croyait la voir encore. Il voyait tout... L'eau, par les joints, tout de suite entrait, baignait les chères lettres, déjà dévorait l'écriture, noyait l'image, le portrait, la femme... Et l'Ibis Bleu passait dessus, laissant la trace peu durable de son sillage sur une trace deux fois effacée...

Pierre se releva.

—C'est drôle, dit-il. Est-ce que je serais délivré?

Il se sentait allègre, dispos étrangement. On eût dit qu'un poids moral avait quitté son cœur, juste au moment où ce poids matériel avait quitté ses mains.

—Pourvu, songea-t-il, que cela dure!