Appuyé maintenant sur la lisse de bâbord, Pierre regardait s'ouvrir le golfe de Grimaud, qui prenait la mer à deux bras amoureusement. Saint-Tropez se mettait à paraître sous un paillettement d'étincelles accrochées aux mailles légères d'une fine brume en train de fondre.
Il revint à l'avant. Par delà les grisailles de la carrière de porphyre du Dramont, par delà le sémaphore d'Agay, qui s'érige au sommet d'un cône de verdure, c'était l'île Sainte-Marguerite qui regarde Cannes,—et c'était Nice, et c'était l'Italie...
Des souvenirs de poète et de voyageur se mirent à murmurer au fond de sa mémoire. Naples, Procida, Ischia étaient-ils plus beaux?
Une volupté de stances lamartiniennes flottait dans l'air. Tout ce paysage s'amollissait en courbes fondantes, en paresse rêveuse mêlée d'éclat glorieux.
Les strophes de Lamartine A Ischia lui vinrent naturellement à l'esprit, et, en souvenir de la charmeresse à laquelle il venait de dire adieu, il se récita à lui-même les deux vers mélancoliques et célèbres:
Nous avons respiré cet air d'un autre monde.
Elise!... et cependant on dit qu'il faut mourir!
Une indignation le prit... Mourir! Ce mot s'imposa à lui. Il faudrait mourir, en effet! La mort, cela existe. On meurt! Et cette magique nature lui cria, par les mille susurrements des vagues ondulantes au flanc de son yacht, le «Hâte-toi, cueille le jour,» de la sagesse latine...
—Oui pardieu! je vivrai!... Au diable les morts!
Une idée lui vint: