Ils prirent le train pour Agay.

Ainsi allaient directement l'une vers l'autre, à l'insu l'une de l'autre, deux destinées...

En route, Marcant expliqua à sa femme que, toute réflexion faite, il ramènerait de Paris, à son prochain voyage, Germaine, la vieille servante qu'on avait cru devoir laisser pour lui rue de Lille. (Ils habitaient cette rue tranquille.) La vieille Germaine aimait beaucoup Georges. On avait eu tort de la laisser. Lui, s'arrangerait là-bas d'une femme de ménage, mangerait au cabaret. Et ici, en attendant Germaine, il fallait chercher une fille du pays... Il avait déjà demandé. On en trouverait une aisément, pour trois semaines ou quinze jours... Mais Elise n'aurait-elle pas peur, seule avec cette fille, dans la grande villa? non; le pays était parfaitement sûr, étant en dehors de la grande route ancienne, qui, à partir de Fréjus, commence la fameuse corniche... On coucherait à l'hôtel jusqu'à ce que la femme fût trouvée et engagée.

Les choses réglées ainsi, on ne pensa plus qu'à jouir de la beauté, de la nouveauté des lieux.

En un quart d'heure, on devait être rendu. Le train traversait les collines, les éternelles pentes de hautes bruyères sous le couvert des pins d'Alep; et, par échappées, entre deux mamelons, la mer semblait suivre.

—Et l'Ibis Bleu, maman? Il n'y est donc plus?

—L'Ibis Bleu? dit la mère, crois-tu que je distinguerais un bateau d'un autre, à peu près semblable?

—Et crois-tu, petit bêta, fit Marcant, libéré de ses dossiers, que les bateaux ont des jambes pour ne pas marcher?... Ce jeune monsieur, ajouta-t-il en s'adressant à sa femme, devait aller en Italie, je pense... Ça n'a rien à faire... Il est bien heureux!... C'est égal, c'est une riche idée que j'ai eue de travailler beaucoup hier, en wagon, pour me débarrasser de mes dossiers. Tout ça est parti par la poste en paquet recommandé. J'en recevrai d'autres ce soir ou demain... que je rapporterai en personne... Ah! le bon air!

Le train s'arrêtait...

—Comment, déjà Agay? non... Boulouris.