C'étaient deux torpilleurs. Ils se suivaient à quelque cent mètres. Ils se rapprochèrent du fond du golfe, firent le rond, s'éloignèrent.
Les voyageurs, arrêtés, regardaient attentivement. Marcant avait tiré sa lorgnette de l'étui.
Un vieux pêcheur s'arrêta près d'eux et grommela:
—Où diable va-t-il passer si vite, celui-là? Il y a de la houle, sans que ça paraisse. De la terre, quand on n'a pas l'habitude, on ne sait pas comprendre si la mer est méchante... Ça ne tient pas la mer, ces carcasses-là! Ils ont beau dire, elle les leur prendra tous, l'un après l'autre, jusqu'au dernier. Je connais la rade, moi. Le premier a passé, c'est un miracle. Si l'autre suit la même route, il pourrait arriver qu'il se plante dans le ventre un bon bout du rocher qui est par là... Nom de «pas Dieu»!
Le torpilleur 230, qui suivait son camarade, déjà disparu au tournant de la sortie, venait en effet, pris par une irrésistible lame de fond, de se clouer au rocher!
De l'endroit où était Marcant, on n'entendait rien, que le bruit de l'eau. L'avant du 230 plongeait sous la vague. A l'arrière, sensiblement relevé, se réfugiait tout l'équipage autour du commandant.
—Mon Dieu! mon Dieu! que vont-ils faire? interrogea Elise.
Elle s'adressait au pêcheur; mais il n'était plus là.
L'homme avait dévalé vers la plage, et, déjà dans son «rafiot», il s'éloignait et, crispant ses deux pieds nus sur le banc du milieu, y arc-boutant ses jambes nerveuses, il suspendait aux avirons, solidement saisis, tout son corps oblique, alternativement assis et relevé...
En même temps, du bord de l'Ibis Bleu se détachait une embarcation montée par un seul homme. C'était Dauphin. Le capitaine et l'équipage du yacht étaient à terre en ce moment.