—Il n'y a sans doute plus à bord que le commandant, qui est à l'ordinaire un lieutenant de vaisseau, fit-il. En effet... regarde!
Il se sentait ému, à l'idée de cette attitude d'un commandant de navire que tout oblige à ne quitter son bord que le dernier.
Elle aussi était troublée d'une sorte d'admiration douloureuse. Elle se rappelait des lectures, et le chagrin de ces vaillants quand leur bateau, le bateau qu'on leur a confié, qu'ils aiment, vient à périr. Elle essaya de regarder avec la lorgnette que lui tendait Marcant. Elle entrevit en effet un homme qui passa du torpilleur sur le youyou.
—Il est sauvé! dit-elle.
—Mais non, fit Marcant. Il y a dans la petite barque l'homme venu du yacht, sans doute... mais le commandant du torpilleur est encore à son bord...
On voyait maintenant le torpilleur s'affaisser, englouti lentement, irrésistiblement, comme s'il se fût fondu, comme s'il eût été aspiré par l'eau, bouillonnante autour de lui;—et, très distinctement, sur ce bout de plancher oblique, un homme, en redingote noire,—par conséquent l'officier,—s'entêtait à demeurer seul.
—Ça l'ennuie de s'en aller, grommelait Marcant. Il le faut bien, pourtant!... Va-t'en donc, mon brave homme!... Sacrebleu! enfin!
La petite silhouette venait de passer sur le youyou, qui s'éloigna rapidement. Quelques instants après, ce qui émergeait encore du torpilleur plongea. Le haut de la cheminée resta visible aussi longtemps que l'arrière. A peine tout cela eut-il sombré que, sur ce point des vastes eaux, déjà semblable à tous les autres points de la mer houleuse, une éruption se produisit... Comme un monstre marin expirant, la bête de fer rendait sous les eaux son dernier soupir. L'air comprimé dans ses flancs s'en échappait en hoquets violents, remontait des fonds, lançant, avec des crachats d'écume et un dernier vomissement de fumée noire, quelques méconnaissables éclats de bois ou de fer, jaillis en fusées.
Elise pleurait.
—Un rude métier, tout de même! fit Marcant. Espérons qu'ils sont tous sauvés. Nous saurons ça tout à l'heure.