—Oui, murmura-t-elle.

Il se passait en elle quelque chose de tout pareil à ce qui troublait l'esprit de l'enfant. Nouveauté des lieux, aventure, poésie flottante, étrangeté, tout cela entrait tout à coup dans son âme où régnait l'habituelle monotonie de vivre... Il lui semblait, à elle aussi, qu'on lui contait un conte. Ses émotions se succédaient, abondantes. Quoi! avant-hier Paris, quitté pour la première fois! Et depuis hier matin seulement, toutes ces visions de bleu, de lumière, de bateaux en marche, d'activité puissante et joyeuse, puis de naufrage et de tristesse! Il lui semblait avoir vécu plus d'une année depuis deux jours. Et pourtant, non, c'était avant-hier. Le tableau qui l'avait visitée, le jour d'avant, à son réveil, s'était fixé en contours précis et en couleurs violentes dans son cerveau étonné et tout neuf... Il s'y était peint, photographié et gravé à la fois, ineffaçablement, sur une plaque sympathique où les images nouvelles ne parvenaient pas à le noyer. Au-dessus de tout le reste, il revenait à tout instant, remontait, repassait...

—Es-tu lasse?

—Non, je suis heureuse.

—A quelle heure dîne-t-on?

—Quand madame et monsieur voudront, fit l'hôtesse qui entrait. Je viens préparer les tables.

Elle en dressa deux. L'une avec trois couverts: celle de Marcant. L'autre avec deux couverts.

—C'est la table du commandant, dit-elle. Il causera avec son ami... Ça vous donnera des détails. Son ami, c'est ce gentil M. Dauphin qui, depuis deux mois, nous visite assez souvent... C'est un gros riche!... le fils d'un armateur de Marseille.

—Je sais, je sais, fit Marcant.

—Vous le connaissez? demanda familièrement l'aimable hôtesse.