—Je connais son père, dit Marcant, souriant de l'affabilité, du sans-gêne méridional.
—Alors vous pourrez causer. Et puis, sans ça, vous auriez fait sa connaissance!... C'est un monsieur comme vous. Mais, même avec nous autres, il n'est pas fier. Il est bien brave! Les pêcheurs d'ici l'aiment beaucoup. Jamais il ne passerait sans saluer le premier. A l'occasion, il leur envoie de bonnes bouteilles. C'est généreux... Et ça a des talents... Il a étudié. A bord, il mène, quand il veut, sa machine comme un mécanicien... L'autre jour, il a fait, sur notre terrasse, le portrait de la maison. Et puis, il chante beaucoup de chansons, et des vieilles, comme nos matelots. Avec la fortune, on sait tout.
Sur cette idée générale, l'hôtesse se reposa un instant. Elle réfléchissait, tout en remuant sa vaisselle, ses couverts, à la puissance de la fortune.
Les tables étaient prêtes. Elle jeta sur son œuvre un dernier coup d'œil, puis:
—J'ai oublié les salières!... Que vous dirai-je! je suis trop étourdie!
Elle ouvrit une armoire et en tira, avec les salières, un dessin épinglé sur un carton.
Elle vint à Marcant.
—Tenez, voilà la chose, le dessin qu'il a fait. Voyez! c'est tout en couleurs... Et sur sa guitare, il faut l'entendre! On aime la guitare par ici. C'est comme en Italie, comprenez! Est-ce qu'il n'a pas fait danser les filles, l'autre soir, dans cette salle... Si on a ri, «vous dites»! Ah! oui, on a ri! une vraie fête, quoi! au moment où personne ne s'y attendait!... Et pourtant, des fois, il a l'air beaucoup triste. Ça doit avoir des chagrins, comme de juste. Chacun les siens. La fortune n'abrite pas, de sûr!... Et des fois, c'est tout le contraire...
Elle revenait à son idée: «La fortune!...»
Marcant tenait la jolie aquarelle qu'Elise regardait aussi, penchée sur l'épaule de son mari.