Il battit des mains et sauta sur place:

—Nous partons! nous partons, maman!

Rarement, il disait: «Papa».

Cette agitation dérangea Marcant dans son honnête besogne. Il grogna, machinal. Le crayon, sur les papiers poussés brusquement, avait tracé un zigzag antiadministratif:

—Fais attention, Georges, tu m'ennuies!

Et à sa femme:

—Il ne va pas m'ennuyer tout le temps, j'espère!... Il faut que je trime, moi!... occupe-toi de lui!

L'enfant regarda son père avec cet œil des bons chiens qu'on repousse, et qui semble mesurer avec désespoir la distance infranchissable qui les sépare de ce qu'ils aiment. Dans ce doux œil bleu d'enfant, il y avait surtout, très visible, le sentiment de l'impuissance à s'exprimer mieux. Marcant adorait son fils, comme il adorait sa femme, persuadé que, travaillant pour eux du matin au soir, et souvent du soir au matin, il était en règle avec sa conscience—lorsque ses dossiers étaient au courant.

La fine nature nerveuse de l'enfant n'acceptait pas sans souffrance ce point de vue rationnel. Il éprouvait plus que de la peine, une angoisse, une sorte de désespoir profond, d'autant plus pénible qu'il était muet, à ne pas être assez souvent caressé par son père, surtout à être rebuté par lui, pour des raisons au-dessus de son intelligence, peut-être au-dessous de sa nature.

Le premier malentendu entre le père et le petit garçon avait commencé depuis deux ans déjà.