—C'est le puits d'Egypte, dit Marcant, je le reconnais. Je l'ai vu dans des images... Et c'est aussi le puits de Camargue...
A quelques pas de la ferme, trois ou quatre pins parasols s'ouvraient larges et sombres.
—Regardez celui-là comme il est beau! pas aussi beau, bien sûr, que le pin Berthaud, de Saint-Tropez,—mais il est bien vieux tout de même!... Et tout là-bas, voyez, au plein mitan de nos vignes, ce gros, gros arbre! c'est un chêne qui en a vu passer, du temps et des hommes! Il a, comme on dit, assisté à toutes les batailles du monde.
Ils essayèrent de voir. Ils aperçurent, en effet, le dôme obscur de l'arbre énorme dans la plaine qui luisait de flaques d'eau.
—C'est grand, ce domaine de la Toinette?
—Assez. De l'autre côté du Petit-Argens, il y a chez nous des raies de labour, monsieur, de deux cents mètres de long. Mon homme n'en fait que six dans la demi-journée...
—Ah! le voilà, votre mari?
Un homme arrivait, derrière deux mulets en liberté, qui, la tête basse, soufflant au passage sur l'herbe du sentier avec leurs naseaux au ras du sol, portaient, accrochés au collier, les traits de la charrue. L'homme qui les suivait indolemment, après l'ouvrage, était un gaillard à larges épaules, dans la plénitude de sa force mûre. Il portait, lui, ses quarante-cinq ans avec l'aisance d'un colosse qui en portera bien davantage sans s'en apercevoir. Il était rasé de frais, le visage nu couvert de sueur. Soulevant d'une main son grand feutre, il s'essuyait le front avec un mouchoir bleu et marchait d'un pas pesant et souple, en roulant un peu sur ses hanches.
«Quel gaillard! C'est un chêne aussi, cet homme-là,» songeait Marcant. Et il répéta:
—C'est votre mari?