Tout à coup, il s'arrêta dans sa besogne, planta les pointes de sa fourche de fer dans le purin, entre les galets qui pavaient l'étable, mit les deux poings sur sa fourche, posa sa joue droite sur ses poings, et regardant les étrangers d'un œil de travers, clignotant, tout plein de son intelligence à lui:
—C'est pas l'embarras, fit-il lentement. Je vois ce que c'est.
Il parut réfléchir beaucoup et reprit:
—Tout là-haut, à Paris... à Paris, répéta-t-il par trois fois, pour donner sans doute à sa pensée le temps de se formuler fortement en lui... A Paris, tout là-haut, il y a tous les gens de bureau, pas vrai? que ça, je le calcule, c'est le gouvernement? Et puis, après, en dessous de ceux-là, il y a, voyez-vous, les bœufs, les chevaux... et les mulets...
Il promena son regard sur les bêtes qui raclaient leurs chaînes contre les auges et d'un ton découragé, avec une brusque retombée de la voix dans les notes graves, il termina:
—Et, par-dessous tout ça, il y a nous autres!
A ce mot, une expression de malignité passa sur toute sa face bestiale, comme une intelligence des profondeurs basses, réveillée brusquement, et cet éclair de l'envie s'éteignit aussitôt sous un air de stupidité. On eût dit que le diable habitait cette matière, trop paresseuse pour le laisser passer tout entier.
Cette fois, Marcant pensa: «Qu'est-ce que c'est que cette canaille?»
L'homme releva la tête, montra son air niais afin qu'on le vît, ressaisit sa fourche, enleva du sol un épais monceau de fumier qu'il jeta dans la brouette et parut se replonger dans des réflexions infinies... Les visiteurs le laissèrent à ses occupations et à ses pensées, mais, un moment après, comme ils s'asseyaient à la table qui leur avait été préparée par misé Saulnier, il passa par là et entra dans la ferme.
Misé Saulnier cligna de l'œil: