Puis, tout à coup:
«Et Georges? je ne l'ai pas encore entendu?»
Ainsi, sa toute première pensée n'avait pas été pour lui comme à l'ordinaire. La lumière avait dérobé à l'enfant cette première caresse du souvenir maternel, qui peut-être, quoique inexprimée, n'est pas perdue, va aux endormis, pénètre leur rêve.
Elle ne songea pas à se le reprocher. Elle ne s'apercevait même pas que quelque chose de nouveau, d'étranger à tout ce qu'elle avait connu jusqu'ici, déjà se glissait en elle, ou, si son mieux-être la surprenait un peu, elle songeait simplement: «Cela va déjà mieux... Ah! qu'on est bien, dans ce beau pays!»
Georges, la mine barbouillée de sommeil, quand sa mère entra dans sa chambre, s'assit sur son lit, et, les yeux clignotants, frotta sa petite joue contre le beau visage de sa jeune mère. Il voulut déjeuner dans son lit. Elle sonna. Misé Saulnier était en fonctions et paraissait une servante de grande mine, avec son beau tablier blanc, tout neuf.
—Et monsieur, Marion?
—Oh! il y a du temps que monsieur se promène! J'ai déjà fait la chambre de monsieur.
Elle sortit, et ne tarda pas à remonter, portant le chocolat du petit maître, bien présenté sur un plateau...
—Oh! les belles tartines grillées!
Ce fut une fête. La mère et le fils déjeunèrent ensemble, avec des chatteries d'amoureux, des jeux de caresses, des gaietés, des abandons, de jolies folies tendres, que jamais, avant d'avoir son Georges, Elise n'avait connues.