—Fleurs d'hiver, dit-il.

Et à ce mot qu'il avait prononcé sans intention, presque sans y songer, il se fit en lui un rapprochement entre ces fleurs et la femme à qui il les offrait. Elle aussi était, sur cette plage, fleur d'hiver, amenée par l'hiver, et qui s'en irait avec lui...

Elise s'extasia sur les roses qu'elle avait prises. Elle y plongeait sa figure, avec on ne sait quelle volupté sur ses lèvres frôlées par la chair délicate et transparente des roses grandes ouvertes.

Ce fut encore Georges qui voulut s'en charger jusqu'à l'embarcation, au youyou, qui attendait à quelque cent mètres de là, dans le petit port hospitalier de la Maison-Close d'Alphonse Karr.

Et tandis qu'il allait en avant, tenant dans ses deux bras la gerbe avec soin, comme une fillette porte une poupée, Elise le désigna d'un signe aux deux hommes, et aussitôt mit un doigt sur ses lèvres pour qu'ils n'exprimassent pas tout haut leur admiration, mais elle leur demandait du regard s'il n'était pas vraiment joli comme ça.

Et tous, ils souriaient, très contents.

Elise avoua une légère appréhension du mal de mer.

—Par ce beau temps? impossible! dit Pierre.

—Tu n'auras qu'à te figurer que tu es sur une mouche et sous le pont des Arts, dit Marcant. Tu n'as jamais eu mal au cœur, sur la Seine.

—Me figurer que je suis sur une mouche et sous le pont des Arts?... Merci bien! répondit-elle toute riante. Voilà une imagination qui me gâterait sûrement tout mon plaisir!... Oh! Quand je songe qu'il y a des gens qui sont dans des rues, à Paris, en ce moment où je parle! Et qu'il y pleut, qu'on n'y voit pas le ciel, qu'il y neige, que la neige, dans la rue, n'est qu'une boue infecte!... et que c'est là qu'il faut vivre!... Quelle horreur!... Vrai!—je me le disais tout à l'heure en m'éveillant—je ne sais pas comment je pourrai de nouveau m'habituer à notre rue de Lille!