—Nous allons bien voir, dit le préfet.
Sans se faire prier davantage, M. Cabissol commença:
—C’est une histoire qui est arrivée il y a plus de cent ans, à en croire du moins mon grand-père qui me la répétait souvent lorsque j’étais tout petit:
LE PURGATOIRE DE FRERE PANCRACE
«Deux bons moines quêteurs, chargés comme des ânes, cheminaient péniblement dans les sentiers montants et rocailleux. Ils avaient hâte d’arriver à leur couvent perché sur le plateau, dans les pinèdes, au sommet de la colline.
«Ils marchaient, l’échine courbée, chacun portant un gros sac empli de légumes, de fruits et de pain frais. Le soleil piquait sur leur face rougeaude où coulait la sueur, en grosses perles luisantes.
Panuce marchait devant, ce qui veut dire que Pancrace suivait Panuce.
—Il fait chaud, frère Pancrace, il fait bien chaud aujourd’hui!...
—Il fait même trop chaud, frère Panuce!
—De sûr qu’il fait trop chaud, frère Pancrace, trop chaud, vous l’avez dit!