—L’homme, frère Panuce, doit gagner son pain à la sueur de son front...»

«Les deux bons moines devisaient ainsi en soupirant et, sous la semelle de leurs sandales, roulaient, dans le sentier creux et sonore, les cailloux ardents comme braise.

«Tout à coup, frère Panuce s’arrêta et, d’une voix frémissante de joie:

—Dieu nous a entendus, frère Pancrace, et, si j’en crois mes yeux, il nous envoie du secours!

—Vous moquez-vous de moi, Panuce? Quel secours pourrait nous envoyer la Providence, sinon un bel et bon âne avec ses «ensari»?... Or, en vérité, il n’y a pas ici d’autre âne que vous, si ce n’est moi. Et ce serait péché véritablement que me donner faussement l’espérance d’être soulagé de mon lourd fardeau; il n’en deviendrait que plus lourd! Pour l’amour de Dieu, Panuce, marchez encore un peu, afin que nous arrivions au gîte. Ne vous arrêtez pas ainsi, ou je vais jeter là mon sac, qui est plein à crever comme un ventre de chantre... Et si une fois je le pose, peut-être bien, frère Panuce, n’aurai-je plus jamais la force de le soulever.

«Et, ce disant, Pancrace, avec un ouf! de soulagement, posa son sac au beau mitan du chemin.

«Alors, Panuce, qui marchait devant, lui dit, en se rangeant à côté de lui:

—Vous avez douté de moi, Pancrace, parce que la largeur de mon dos cachait à vos yeux de chair l’objet de votre espérance!...»

«Et du doigt il désignait un joli petit enfant d’ânesse, rondelet, à l’œil vif, à l’air spirituel, qui, attaché par une corde au pied d’un olivier, broutait le chiendent et la lavande, dans la restanque, au bord du sentier pierrailleux.

—Sainte Vierge du ciel, soyez remerciée! Saints anges du Paradis, soyez loués dans les siècles des siècles! Dieu n’a pas voulu la mort du pécheur! s’écria Pancrace.