Célestin, sous son masque sombre, le contemplait avec l’hébétement du poisson d’aquarium qui, à travers une vitre, regarde un savant pisciculteur. Cet hommage enchanta Sandri.
Dans tout Français qui détient une part d’autorité, si minime soit-elle, il y a—comme le répétait souvent M. Cabissol—un Napoléon. C’est ce qui rend notre nation inquiète, toujours partagée entre son goût de liberté et son amour de la domination. Elle n’est, au fond, composée que de révolutionnaires qui aspirent à la tyrannie.
—Ce que je vous dis n’est pas pour vous, fit le gendarme sur un ton de supériorité écrasante. L’orthographe ne vous concerne pas, puisque vous êtes incompétent. Assez là-dessus. Que signifie cet objet? répondez immédiatement! Comment est-il arrivé entre vos mains?
Grondard expliqua. Il croyait que Maurin portait quelquefois une veste avec des boutons pareils à celui-ci. Et depuis quelque temps, il l’épiait, attendant le jour où il remettrait cette veste. Si, en effet, ce bouton appartenait à Maurin, ce serait la preuve que le braconnier s’était trouvé sur l’endroit du meurtre... Alors, lui, Célestin Grondard, l’interrogerait; et, en s’y prenant bien, de gré ou de force il l’amènerait à se trahir comme coupable...
Le gendarme réfléchissait.
—C’est quelque chose, dit-il, qui pourrait servir à un juge. Les juges sont intelligents, ils sont nommés juges à cause de ça. Mais vous, Grondard, vous ne tirerez rien de Maurin par le moyen que vous dites! Et puis, où le prendre, ce diable de coureur qui ne reste jamais en place?...
—Où le prendre? fit Grondard, je le sais bien, moi.
—Et où donc?
Grondard expliqua. Il savait que Maurin, depuis quelques jours, Maurin, le coureur de filles, avait une nouvelle aventure.
—Connaissez-vous le cantonnier Saulnier?