La foule de nouveau fit obstacle entre les arrivants et les gendarmes. Et calme sur un cheval inquiet, l’ironique Maurin, s’adressant aux gendarmes contraints de rester derrière la foule, leur adressa majestueusement la parole, par-dessus les deux cents têtes de son peuple.

—Est-ce aujourd’hui, gendarmes, que vous comptez m’avoir? Est-ce au moment où je viens de faire ton service, Alessandri, et où je te remets deux prisonniers que jamais tu n’aurais su prendre tout seul, que tu m’arrêteras?

—Gredin! cria Alessandri hors de lui. Tu ne te moqueras pas de moi jusqu’au bout. Ce n’est pas deux, mais quatre prisonniers qu’il me faut! Livre-toi donc, toi et ton camarade Pastouré, ce Parle-seul qui doit avoir à nous parler, tu sais bien de quoi! N’aggrave pas ton affaire. Suis-moi de bonne volonté, ou tôt ou tard ça finira mal.

—Si ça doit mal finir, que ce soit le plus tard possible. Bonsoir la compagnie! Garde tes prisonniers, si tu le peux. Nous autres, nous gardons les chevaux.

Telle fut la réponse de Maurin. Et tournant bride avec ensemble, Pastouré et Maurin prirent le galop et bientôt disparurent là-bas sur la route, dans la poussière soulevée... Le hourrah joyeux de la foule les suivit longtemps, tandis que les gendarmes passaient les menottes aux prisonniers qu’ils devaient à l’adresse de leurs ennemis.

Quand ils eurent assez galopé, les deux héros mirent au pas leurs montures.

—Colonel Pastouré! dit gaiement le général Maurin.

—Général Maurin? daigna répondre le colonel Pastouré.

—Je suis content de vous! dit Maurin.

—Dieu vous le rende! fit Pastouré.