—Couché, Hercule! ne me l’abîme pas! cria Maurin.
Hercule obéit. Césariot râlait dans sa cravate.
—Promets-tu? demanda Maurin.
L’autre, sans répondre, chercha sournoisement à sa ceinture, dans la gaine de cuir, un de ces couteaux de marin qui ne se ferment pas.
En voyant luire la lame, Maurin eut un de ces mouvements d’exaspération durant lesquels un homme a le temps de faire un grand malheur.
—Ah! fils de garce! murmura-t-il... Que ta mère me pardonne!
Son adversaire, qui était vigoureux, échappa, d’une secousse brusque, à son étreinte; son gilet s’était déboutonné; un lambeau de sa chemise était resté aux mains de Maurin. Et le don Juan des Maures tout à coup demeura stupéfait, saisi d’une émotion terrible, en présence de son fils armé.
Maurin, immobile, pâle, regardait Césariot qui, également immobile, demeurait prêt à reprendre la lutte avec son large couteau luisant au soleil.
La figure de Maurin eut une expression extraordinaire de terreur et d’énergie qui, sans doute, paralysa les moyens de défense de son adversaire, car, en un tour de main, Maurin, se jetant sur lui tout à coup, l’eut désarmé. Cela fait, il prit le couteau par la pointe entre le pouce et l’index, et le lança à toute volée dans les branches du pin, avec tant d’adresse qu’il y resta planté, très haut, dix fois hors d’atteinte; puis empoignant Césariot par un bras, Maurin se mit à le battre coup sur coup, à grands plats et revers de main, puis, à coups de poing et à coups de pied, sans que l’autre pût parvenir à se protéger avec son bras resté libre...
Sous cet orage de coups, le pauvre garçon, si hardi tout à l’heure, oubliant subitement toute révolte, tout orgueil, redevint un petit enfant et se mit à trembler à la fin, en répétant plusieurs fois, sur un ton touchant d’écolier pris en faute: