Tenter d’échapper à la forte poigne de ce diable de Maurin des Maures, il n’y songeait pas. Il éprouvait de plus en plus auprès de lui une sorte de terreur superstitieuse. Quant à l’idée d’être le fils d’un tel homme, en mieux y réfléchissant, il commençait à l’admettre, car il lui paraissait impossible qu’un Maurin eût parlé à la légère. Et puis, la correction qu’il avait reçue ne semblait acceptable à son orgueil que venue d’une autorité paternelle. Cependant, malgré la gloire du nom de Maurin, qui était un roi à sa manière, Césariot eût préféré pour père l’amiral ou le ministre qu’il avait rêvé avec sa cervelle farcie de romans-feuilletons...
Maurin, nature fruste et fine, laissait l’enfant à ses réflexions. Il avait de l’expérience, l’homme... nulle sentimentalité, un esprit clair et libre.
Il se faisait midi passé. Césariot qui, sans sa mauvaise rencontre, se fût attablé là-bas, au cabaret de la Foux, commençait à sentir les tiraillements de son estomac de matelot. Rien ne creuse comme une alerte un peu vive. Il dit tout à coup:
—Alors, de tout aujourd’hui, on ne mettra rien sous la dent, hé?
—Ça, ça serait dommage, fit doucement Maurin. A ton âge, mon homme, on a droit à la ration double. Té, entrons ici, on nous prêtera des chaises et une table où poser la bouteille et le pain que j’ai,—par précaution,—toujours au carnier.
Il poussa Césariot dans une maison de sa connaissance dont la porte s’ouvrait au bord du chemin.
—Bonjour, Capoulade. Je te demande asile.
—Tu es chez toi, Maurin, dit l’autre... Que veux-tu?
—Ta table, pour manger à notre aise le dîner que j’apporte.
—Nous autres, nous avons dîné, répliqua Capoulade. Fais à ta volonté.