—Bien petites, dit le garde, et placées justement où il ne faut pas.
—Les anges peints dans les églises, fit une dévote, les portent comme ça!
—Cette bêtise! riposta une commère. Les anges peints dans les églises n’ont qu’une tête et portent les ailes à leur cou!
—L’insolent, dit le maire, s’est encore fichu de nous! Au pas de course, mes enfants! Aganta-lou! (attrapez-le!) Zou! En avant!
Et les Gonfaronnais volèrent.
Mais voyant que Maurin allait plus vite qu’eux, le maire poussif s’arrêta, commandant: «Halte!» d’une voix terrible.
—Nous ne l’aurons pas en courant, dit-il, mais je sais qui il est, son nom, et tout. Il n’évitera pas le procès-verbal. En attendant, faisons-lui, de loin, la chamade: il verra bien que nous n’avons pas peur!
Et hurlant, criant, injuriant, gesticulant, montrant le poing tous ensemble, les gens de Gonfaron firent de loin à Maurin une conduite de charivari, une chamade de carnaval; et à qui mieux mieux ceux qui avaient des fusils, à plus d’une demi-lieue de distance, tiraient sur lui avec du plomb pour les fifis, les futi-fùs et les becs-figues, tant et tant que les bravades de Saint-Tropez sont moins bruyantes et moins effroyables!
Alors, tel Boabdil, le roi Maurin, qui pour mieux dominer l’armée ennemie commençait à gravir les premières pentes des Maures, se retourna, s’arrêta debout sur une roche avancée; et contemplant à ses pieds ce désordre vain mais injurieux, cette fumée inutile d’où sortaient des éclairs et des tonnerres mêlés aux cris d’une humanité souffrante, mais dont il avait honte, il murmura tristement, en secouant la tête:
—Et dire que voilà mon peuple!