—Les palmes! les palmes! heu! heu!

—Cela ne suffit pas? poursuivit le préfet. Eh bien, soit, messieurs, vous avez raison... et plus d’esprit que je ne pensais. Ne dénoncez pas notre erreur. Ces canards sont du Labrador, puisque nous, comité de l’exposition, nous nous y sommes trompés.... Soyez discrets et je vous promets que nous obtiendrons la croix... Chevalier de la Légion d’honneur, hein?... c’est entendu?

—Monsieur le préfet, dit Théodule avec une sorte de solennité, c’est tout ce que nous désirions... sans oser l’espérer. Merci.

—C’est entendu! c’est entendu! confirmait le préfet qui se retira vivement. Entendu, monsieur Théodule d’Auriol, et comptez sur toute ma reconnaissance. Vous me sauvez plus que la vie!

Pierre d’Auriol demeurait là, cloué sur place, plus stupide que jamais, bouche bée.

—Mon oncle, lui dit Théodule... ceci m’ouvre les yeux. Je renonce à mes études, je me consacre à votre fortune. Dans huit jours vous serez décoré; aux prochaines élections qui auront lieu dans deux ans, on vous nommera député; avant trois ans vous serez ministre de ce que vous voudrez... à condition toutefois que vous me promettiez dès aujourd’hui de me prendre comme chef de cabinet.

—Tu m’en diras tant! répliqua le professeur idéaliste qui commençait à se déniaiser.

La distribution des récompenses eut lieu dans les arènes antiques d’Auriol, les mieux conservées du monde après celles de Nîmes et d’Arles.

Pierre d’Auriol refusa d’aller chercher sa médaille, mais Théodule prit sa place. Il monta sur l’estrade pavoisée tandis que les Harmonieux Enfants d’Auriol, soufflant dans leurs cuivres, attaquaient une Marseillaise enthousiaste.

Le préfet annonça les récompenses:... Chevalier de la Légion d’honneur: Pierre d’Auriol.