A ce moment précis, un événement se produisit qui faillit tout gâter.

Le marchand de volailles qui avait vendu à Théodule les deux faux canards du Labrador vint lui chuchoter à l’oreille:

—Je les ai reconnus: ce sont les miens! Et je dirai tout... à moins qu’on ne m’accorde un dédommagement, car enfin certaines injustices sont par trop criantes.

Théodule ne se déconcerta pas:

—Qu’exigez-vous? interrogea-t-il. Puisque vous êtes un ami de la justice, vous êtes des nôtres et vous n’abuserez pas de la situation.

—Le préfet, dit le marchand, a, je le sais, la plus grande influence au ministère de l’Intérieur. C’est l’ami intime du ministre: je désire que mon fils soit nommé sous-préfet.

—Je suis persuadé, répliqua Théodule, que le préfet est, comme vous, trop ami de la justice, pour ne pas vous aider de tout son pouvoir.

Quelques semaines plus tard, le fils du marchand de volailles était sous-préfet et son estimable père était élevé, par la force des choses, au rang de chevalier du Mérite agricole.

Quand cela fut accompli:

—Maintenant, dit-il à Théodule, aidez-moi à vendre mon fonds. Mon métier de marchand de volailles est incompatible avec ma nouvelle dignité, et d’ailleurs il humilie mon fils!