Pierre d’Auriol fut nommé en effet à une écrasante majorité... Il était navré.

—Et dire, s’écriait-il, que, si j’étais un imbécile ou un gredin, j’aurais obtenu le même succès!

—Taisez-vous, mon oncle, répliquait l’adolescent, c’est ça la vie, à laquelle vous n’entendez rien. Laissez-moi faire.

A la Chambre, Pierre reconquit tout de suite l’estime de soi-même en travaillant beaucoup. Son premier discours le classa parmi les orateurs les plus convaincus—et il l’était.

«S’il est ministre aujourd’hui, je ne vous le dirai pas. Sachez seulement que les d’Auriol n’ont pas droit en réalité à ce nom illustre; vous ne le trouverez pas sur les registres de l’état civil. Ce nom d’Auriol est un sobriquet générique que la voix du peuple attribue à plusieurs familles de Provence.

«Les d’Auriol dont je parle s’appellent...

Ici, M. Cabissol se pencha à l’oreille de Maurin et murmura un nom.

—Pas possible! s’écria Maurin stupéfait... Alors, c’est ce Pierrot-là qui a épousé mon ancienne petite amie?

—Pierre, non! c’est Théodule, dit Cabissol en se tournant vers M. Rinal. C’est Théodule qui, sur les instances de sa femme, a fait décorer Caboufigue, à la demande de Maurin. Elle a vingt ans de plus que lui, mais ça les regarde.

—On a bien raison, s’écria Maurin, de dire que tout s’arrange à la fin et que seules les montagnes ne se rencontrent pas! Celui-là a eu une brave chance quand il a reçu en cadeau deux canards qui l’ont fait ce qu’il est, et Caboufigue en a eu une fameuse de me connaître!