—Laissez donc la République tranquille, Maurin! s’écria M. Rinal. La moralité d’une époque ne tient pas nécessairement aux formes de gouvernement. On imagine très bien d’excellents rois et même de bons tyrans!... oui... oui... je ne m’en dédis pas, moi, le jacobin! L’idéal de la République est admirable. C’est le gouvernement des meilleurs et des plus instruits, des plus capables, comme vous dites, mais l’organisation républicaine ne peut que permettre au peuple de se faire gouverner par ceux-là,—et d’autre part un peuple peut fort bien ne pas être digne de ses libertés. Laissez-nous le temps de nous instruire de nos droits et de nos devoirs. Nous naissons à peine à la liberté. Nous grandirons. Laissez faire. Et, en attendant, rions de ce qu’il y a de risible, même dans nos malheurs. Voyons, monsieur Cabissol, encore une histoire drôle!

—Connaissez-vous celle de la Poule verte?

—Non, dit Maurin.

—Non, dit M. Rinal.

Pastouré secoua négativement la tête.

—Oyez-la donc, dit M. Cabissol, il m’est arrivé d’en rire tout seul.

Et il conta ce qui suit:

LA POULE VERTE

—Il se passe souvent, dans le vaste monde, des choses bien extraordinaires.

«J’ai connu, voici quelques années, un vieux gavot, un paysan de la montagne, qui s’appelait Marius-Sidoine Cabasse.