—Prépare les verres. On va trinquer à votre bon avenir. Appelle ton camarade, ami Sandri.
Ils scellèrent les fiançailles, le verre en main. Mais Sandri n’était pas satisfait. Peut-être avait-il perdu, dans le cœur de Tonia, le terrain que semblait lui faire gagner son titre de fiancé.
Il demeura jaloux et profondément tourmenté.
CHAPITRE XV
Où l’on verra le don Juan des bois courir deux gibiers à la fois, non pas deux lièvres, mais un sanglier et une jolie fille.
Bien davantage il fut tourmenté et jaloux, lorsque, à quelques jours de là, il ne trouva au logis ni le brigadier ni sa fille.
Orsini, à la demande de Maurin, avait reçu du préfet l’ordre d’assister à la battue projetée. Et Tonia, qui tirait bien la carabine, avait voulu suivre son père. Orsini n’avait fait aucune difficulté pour l’emmener. Il désirait même voir de ses yeux comment se tiendrait Tonia en présence de Maurin.
Cette battue devait avoir lieu dans l’Estérel. Maurin préférait se réserver pour lui-même les sangliers des Maures. Il avait déclaré au préfet qu’il s’adjoindrait les frères Pons, et que l’on partirait le dimanche matin de Saint-Raphaël. Ce rendez-vous, disait-il, et c’était juste, était plus commode pour tout le monde.
Avant le jour, à Agay, arrivèrent les chasseurs; quelques-uns à pied, d’autres, parmi lesquels M. Désiré Cabissol, par le chemin de fer. Le préfet, le général, le maire de Saint-Raphaël s’y rendirent en voiture.