—Vous savez bien que je connais toutes vos histoires. Ce n’est pas la première fois que je vous parle de celle-ci, Maurin!

—Mais, monsieur Cabissol, je ne regarde pas dans vos affaires, moi... Alors...

—Je vous comprends, Maurin, je vous prie donc de m’excuser, mais soyez sûr que votre secret est bien gardé. Je ne vous parlerai plus de Césariot, mais j’ai cru bon de vous rappeler que je suis au courant... Cela peut vous servir à l’occasion.

—Ah! soupira Maurin, si vous saviez comme il m’embête, celui-là! C’est l’aîné de mes enfants, je peux bien vous le dire puisque vous le savez, mais s’il ne connaît pas son père, c’est pour de bonnes raisons. Je ne me montrerai à lui que le jour où il le faudra absolument. Il ne me fait guère honneur, Césariot... Ah! oui, il m’embête, ce «marrias»! On est très mal content de lui à Saint-Tropez où il est avec un brave patron pêcheur. S’il continue à ne pas être comme il devrait, il faudra bien que je lui fasse faire ma connaissance. Il se plaint de sa condition. Il dit que n’ayant ni père ni mère, il ne doit rien à la société... Il tourne au méchant bougre, sous prétexte qu’il n’a pas de père! Je crois qu’il va être temps que je m’en mêle et que je lui en donne un, moi, de père, et un solide!

—Mon opinion est que vous ferez bien, dit M. Cabissol. Mais, adieu. Je vais rejoindre M. le préfet. Je crois que vous êtes invité avec nous ce soir.

—Ah! dit Maurin sans surprise aucune.

Ils se quittèrent.

Le gros des chasseurs rentra dans la ville en bravadant, c’est-à-dire en poussant des cris de victoire, en tirant coups de fusil sur coups de fusil, en faisant tout le tintamarre possible.

On se rendit dans la grande salle d’un café où la majorité décida que le lendemain, quand on se partagerait le sanglier, les hures seraient offertes au préfet et à l’un des sénateurs.

Mais Maurin protesta, et d’une voix de stentor: