« Ne rien dire qui ne soit vrai, c’est une tendance nouvelle de notre art, qui ajoute : Ne pas dire tout le vrai. »
« Dans l’œuvre qui montre le Réel, l’Idéal apparaissant toujours comme le ciel au-dessus des rues ou à travers les bois, voilà mon naturisme. »
« Il faut chercher des vers qui, — transmis par la voix, — outre l’influence mystérieuse du rythme, aient encore sur les hommes tout l’effet d’une parole venue spontanément et comme dans la vie.
En même temps, il faut fuir avec passion l’effet vulgaire, facile, sorti du rapprochement forcé de certains mots, ou de leur sonorité vide, ou du sens déterminé qu’y attachent les passions du moment.
Il faut poursuivre l’effet vivant-dramatique, non l’effet oratoire-théâtral[9].
[9] Peut-être le lecteur trouvera-t-il intéressant de savoir que l’un des passages de Miette et Noré les mieux accueillis par les divers auditoires du poète, est celui qui commence à Misé Toinon resta sur place, et finit à… pleurèrent tout le jour (page [373]). — N. de l’Éd.
L’effet facile est indigne de l’art oratoire ; à plus forte raison l’est-il de l’art poétique qui ne doit pas flatter son auditoire pour le persuader, mais le conquérir par sa magie propre.
Dire mes vers devant des auditoires nombreux a été une école pour moi, — où j’ai définitivement appris l’amour du simple et du populaire. J’y ai appris encore que la Parole, ce grand moyen vital de la démocratie, peut donner à la poésie qu’on délaisse un souffle d’existence renouvelée. »
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« Le peuple parle. Il dit : « Mon travail est trop dur !
A l’action ! il faut des cœurs, des bras, des têtes,
Et faire un bien terrestre en oubliant l’azur !… »
Ah ! j’ai senti pourquoi les bannières de fêtes
Au mot de liberté flottent dans l’air plus pur !
Mais que ferons-nous là, misérables poètes !
Rêveurs aux bras lassés, vos temps sont révolus !
Les beaux âges, les temps des dieux furent les vôtres ;
L’action va parler, et vos livres sont lus ;
Vous aimez trop votre art inutile et point d’autres ;
L’enthousiasme est mort : on ne veut plus d’apôtres !
La patrie en travail ne nous écoute plus !…
… Non ! si je m’étais cru j’en serais mort de honte !
Non, vous ne mentez pas, rimes au timbre d’or !
Rythme qui fais plus beau tout ce que l’on raconte,
Viens dire, ô Poésie, à l’avenir qui monte,
Comment tu sais garder nos gloires de la mort,
Et que les Vers français c’est la patrie encor ! »[10]
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