[XXVI]

AUX ARÈNES.

Les deux monuments principaux qui, au seul nom de la ville d'Arles, apparaissent les premiers dans le souvenir, sont l'église Saint-Trophime et les Arènes. Deux époques, moyen âge et antiquité, sont là représentées dans leur vie morale, essentielle, l'une par l'église, l'autre par le cirque.

Si le Parthénon exprime l'âme de l'Attique, il n'est pas vrai de dire qu'un temple de Jupiter ou de Diane exprime l'âme de la Rome païenne.

Le vrai temple romain, c'est le cirque, le lieu de la lutte, le monument de la Force.

L'église est dédiée à la charité, à l'amour; le cirque à la férocité.

L'église s'élève en murs brodés, fragiles, en colonnettes élancées comme une aspiration des âmes; elle monte prendre un peu de ciel dans la dentelle de ses clochers ajourés; le cirque étale, écrase, aplatit sa rampante ellipse aux gradins massifs, comme un vœu bestial de s'attacher, pour jamais accroupi, à la terre conquise.

Magnifiques pourtant, ces ruines d'un temps où la Force impitoyable s'entretenait sans cesse elle-même de sa joie à tuer, à dominer, par la guerre et la mort, l'univers physique.

Magnifiques, les arènes d'Arles, ellipse énorme, formidable, couronne faite de portiques superposés, noircis par les siècles, et près desquels les pauvres maisons arlésiennes, annuellement blanchies à la chaux, semblent des joujous d'enfant.