Ce jour-là, un peuple grouillait autour des arènes, un peuple les emplissait.

Peut-être n'y avait-on pas vu pareille affluence depuis la première course de taureaux qui y fut donnée, devant une foule de vingt mille spectateurs, en 1830, à l'occasion de la prise d'Alger.

Il faut songer que les gradins des arènes d'Arles offraient, avant d'être des ruines, un développement de plus de 12000 mètres; ils pouvaient alors recevoir jusqu'à vingt-six mille spectateurs.

En 1825, le maire d'Arles, M. de Chartrouse, ne mit pas moins de six ans à faire démolir les 212 maisons et la chapelle qui avaient été peu à peu construites, à l'intérieur des arènes, aux époques où les habitants s'y réfugiaient comme dans une forteresse.

L'antique amphithéâtre, à ciel ouvert, le plus vaste que les Romains aient construit dans les Gaules, était donc ce jour-là plein jusqu'aux bords. Ou eût dit une immense coupe ovale aux parois de laquelle s'agitaient sur place des myriades de fourmis grimpantes.

Le fond était à peu près libre; c'était l'arène que traversaient des gamins, des jeunes hommes impatients de la lutte. De ce cratère gigantesque dans lequel les rayons du soleil tombaient en pluie de feu, et que coupait par moitié une grande ombre oblique, montait un bourdonnement de mer roulant des galets. Chacun parlait, criait, riait, et tous ces rires, tous ces cris, tous ces appels divers se fondaient en une rumeur unique, comme des milliers de fils disparates se trament en une étoffe uniforme. Çà et là un fil rompu hérisse la trame; un appel, un cri strident se détachaient de la rumeur. C'était encore comme un bourdonnement de cuve bouillonnante.

Tous ceux des spectateurs qui avaient pu, s'étaient assis du côté de l'ombre. Cette ombre, celle du monument lui-même, en tombant du faîte, de gradin en gradin, se brisait sur les bords, venait mordre une partie de l'arène, s'y découpait en bleuâtre sur la blancheur éclatante de la poussière, et croissait lentement, gagnant du terrain, attendue impatiemment par les spectateurs des plus bas gradins d'en face vers qui tout à l'heure elle devait monter.

Sur les gradins exposés au plein soleil, on voyait, dans la foule, des vides; et l'on apercevait les lourdes assises de pierre, usées çà et là, effritées, cassées aux angles par les siècles. Et sur ces étagements d'énormes blocs de pierre, le soleil éclatant pleuvait, coulait, bondissait de marche en marche, ruisselait en étincelantes cascades....

De tous côtés, si on avait pu distinguer quelques-unes des innombrables paroles qui composaient le puissant murmure du cirque, on eût entendu:

—Oh! oui! ça tombe!—Il pleut du feu, hé?—Quel monstre de soleil!—Un four véritable!—La pierre bout.—Mon échine est une gouttière.—De ce chaud, mon homme!