—Bête brute! dit Pastorel, haussant les épaules.
Le taureau, pour la seconde fois, les chargeait... ils s'écartèrent en même temps chacun d'un côté. Tous deux avaient étendu le bras.... Les doigts de Pastorel touchèrent la cocarde... mais au moment où ils allaient la saisir, ils furent repoussés violemment par la main de Martégas.
—Prends garde à toi! dit Pastorel. Tu joues un vilain jeu, Martégas. Tu y laisseras quelque chose!
—Tu veux la cocarde? Tu ne l'auras pas, répliqua l'autre.
Le taureau, distrait là-bas, au bout de l'arène, par des gens qui, à l'abri de la barrière, le provoquaient de la voix et du geste, ne pouvait tarder à revenir sur les deux rivaux.
Martégas, à ce moment, vit luire son couteau à terre, juste à ses pieds. Il se baissa vivement, l'ouvrit.... Il n'avait d'autre intention que de s'en servir pour couper la cordelette qui, attachée d'une corne à l'autre, un peu flottante, supportait, au milieu du front du taureau, la cocarde désirée.... Quand il avait touché la cocarde, tout à l'heure, il avait tiré sur la cordelette, trop solide pour rompre. Il espérait la trancher en glissant, par-dessous, la lame du couteau, tenu à plein poing.... Plus d'un coureur en use ainsi. Beaucoup vont jusqu'à se forger un crochet de forme telle qu'il prolonge pour ainsi dire leurs doigts recourbés. En se servant de cette griffe, ils ne risquent pas de se blesser comme avec le couteau, ni de se faire couper les doigts par la cordelette même.
Pastorel crut à une menace.
—Crois-tu donc me faire peur? cria-t-il indigné.
Il se précipita sur Martégas, et avant que celui-ci se fût reconnu, il l'avait saisi au poignet par le bras qui tenait le couteau, l'avait attiré violemment à lui, et d'un coup d'épaule, il l'envoya rouler au milieu de l'arène.
La foule palpitait. Beaucoup étaient debout, mais une curiosité haletante fixait chacun à sa place. Certes, ce spectacle en valait un autre. Autant voir cette lutte qu'une course de taureaux.