—A la vôtre!... Que cela dure! et longuement!
Il y eut un lourd silence.
Enfin, frappant sur la cuisse de Martégas qui, accoudé, oubliait les camarades, l'œil sur sa vision, un des hommes dit:
—As-tu donc tombé un chrétien, dis, mon homme? l'as-tu tombé? en as-tu démoli un? as-tu démoli quelqu'un, homme ou femme?
—Coquin de bon sort! fit un autre. S'il est permis, je vous demande un peu, d'être plus bête que vous autres! non! ce n'est rien de le dire! Si Martégas a des remords, pourquoi l'interrogez-vous? Pourquoi vous ferait-il des confidences? il y a des choses qu'on se garde. Qui dit un secret lui donne des ailes. Une fois qu'il peut voler, cours après!... Un jour viendrait où, ayant bu comme ce soir, l'un ou l'autre de nous conterait au cabaret l'histoire de Martégas.... Pourquoi se croirait-il plus obligé que Martégas lui-même à garder le silence, celui qui pourrait parler sans risque pour soi? Je suis saoul, comme on ne peut pas l'être plus!... Être saoul ne m'empêche pas de voir clair, bien au contraire, et ce que je dis est juste, n'est-ce pas, Gueït? n'est-ce pas, Cabasse?... Pas un mot de plus, Martégas; ne l'excite pas, toi, Cabrol!
Martégas releva sa tête farouche, sa face velue. L'œil injecté, le poil hérissé, le colosse grogna:
—Et si je veux parler, moi! tonnerre de tonnerre de bon Dieu!
Il donnait du front dans son idée fixe avec une obstination aveugle de taureau collant.
Son gros poing tomba sur la table qui tressaillit. Les verres sales s'entre-choquèrent, tintant. Une bouteille se renversa, inondant les jupes de la fille d'un liquide rougeâtre et douteux.
Et se tournant tout d'une pièce vers ce Cabrol qui avait parlé: