—Maître Augias, dit-il, je vais emmener le cheval, il est mien maintenant, et j'en suis fier. C'est un fameux présent que vous m'avez fait là!.. Je vous remercie. Je l'emmène donc tout de suite, pour le dépayser dès le premier jour. Voulez-vous faire ramener le mien chez moi? J'aurai demain matin besoin de ma selle pour Sultan.

—Ce soir, dit Augias, ton cheval sera chez toi. Regarde-le; il broute tout sellé parmi les aigues et les taureaux....

—Tiens! fit un des gardians, où donc a passé celui de Martégas?

Tous s'aperçurent alors que Martégas, sans doute pour ne pas assister au triomphe de son rival, avait disparu.

—Que Dieu le bénisse, dit Augias, ou que le diable l'emporte! Il a bien fait. Je l'avais assez vu. Adieu, Pastorel.

—Adieu, monsieur Pastorel, fit Zanette... je suis bien contente que ce soit vous!... Oh! de sûr, bien contente!

Ils se parlaient de loin; Pastorel flattait légèrement de la main Sultan dont toute l'attitude, dont le regard surtout, disaient la méfiance et la rancune.

—Adieu tous, merci; je reviendrai bientôt vous voir, maître Augias.... Bientôt... insista Pastorel en regardant Zanette dont le cœur sautait.... Il faut, aujourd'hui, que je le fatigue.... En avant, Sultan!

—Dzira! susurra Zanette, en voyant Sultan s'élancer, après quelques bonds désordonnés, dans une course furieuse.

Griset se porta en avant comme pour suivre Pastorel. C'est qu'il imitait, ce Griset, le cœur même de Zanette qui, d'un élan fou, suivait Sultan et son nouveau maître....