—Adieu, Sigaud, fit Renaud, arrêtant son cheval, au moment de se séparer de la troupe en marche.

Et Sigaud, devant lui, s’arrêta aussi.

—Adieu, Renaud, fit-il gravement. Il y a de la femme sous ton chagrin. Tu es trop triste. Mais nous t’avons appelé le Roi pour faire honneur à ton courage, il faut que tu t’en souviennes. Souviens-toi aussi que tout sert, mon bon, et que même le mal sert au bien. Il faut de tout pour faire un monde!...

... Renaud trouva Livette au seuil du Château, assise sur le banc de pierre. Il n’avait pas sauté à bas de Leprince, que déjà elle couvrait Blanchet de caresses. Audiffret fut content d’apprendre que le cheval volé avait fait retour à la manade; mais quand Renaud eut expliqué qu’il venait, à cette occasion, rendre Blanchet, Livette montra de l’humeur....

—Vous n’êtes donc pas content de ses services? dit-elle. Un si joli cheval! si brave!... ou bien cela vous ennuie-t-il de le dresser pour moi, d’empêcher qu’il prenne à l’écurie de mauvaises habitudes, de l’entraîner pour que j’aie la joie de le voir revenir vainqueur des fêtes de Béziers où veut l’envoyer mon père, le mois prochain?

—Certainement, Renaud, disait Audiffret, tu devrais le garder encore. Il se rouille ici, dans l’écurie... Je suis surpris pourtant d’entendre Livette... Figure-toi qu’elle le regrettait ce matin, disant qu’elle voulait qu’on te le redemande aujourd’hui même. Et maintenant elle n’en veut plus!... Bien malin qui comprend les filles!

Ce qu’Audiffret ne comprenait pas,—Renaud, lui, très bien, l’avait deviné. Elle se disait, l’amoureuse, que son fiancé se débarrassait, en rendant le cheval, d’un souvenir d’elle, qui lui était un remords peut-être,—tandis qu’en amoureux jaloux il aurait dû vouloir, le plus possible, garder Blanchet, le soigner pour elle!

Renaud résistait de son mieux... Il allait avoir, au moment des fêtes, des courses longues à faire; il ne voulait ni surmener Blanchet, ni le laisser, avec la manade, redevenir sauvage.

Là -dessus, Audiffret, influencé facilement par le dernier qui parlait, donna raison à Renaud.

Tout en disputant sur la chose, Renaud avait installé à l’écurie les deux bêtes. Cela fait, il gagna prestement la fénière, d’où il jeta, par les trous ouverts dans le plancher, une brassée de fourrage aux râteliers.