Le père et la grand’mère les regardaient d’un œil qui devenait trouble.

Et, quand il eut serré la main du père, Renaud, se tournant vers la mère-grand qui, dans les touffes de ses cheveux blancs, ébouriffés sur ses tempes, plantait son aiguille à tricoter:

—Embrassez-moi, grand’mère!... dit-il en lui souriant.

La vieille eut un sursaut, et, se levant toute droite, puis reculant d’un pas, comme apeurée:

—Depuis que mon mari est mort, jamais homme, dit-elle,—pas même mon fils qui est là !—ne m’a embrassée.... Que les jeunes promis s’embrassent. La vie est pour eux.... Moi, ajouta-t-elle, je suis avec mes morts....

Et toujours bien droite, rigide, sèche, la vieille paysanne, image d’un temps qui fut, et où il était beau de demeurer voué à un sentiment unique, gagna son lit de vieillesse qui bientôt devait la voir morte, ayant sur sa face de parchemin la tranquillité des cœurs simples, aimants et fidèles.

XVIII

C’est le grand jour. De tous les points du Languedoc et de la Provence sont arrivés les pèlerins, riches et pauvres. Ils sont bien dix mille étrangers.

Depuis trois jours, dans des véhicules de toutes les formes, de tous les âges, il en arrive! il en arrive!

Beaucoup de ces pèlerins logent chez l’habitant, à des prix étranges, princiers. Une paillasse sur le carreau se paie vingt francs. Le Saintin dort sur une chaise, ou passe la nuit à la belle étoile, sur le sable tiède des dunes. Si les taureaux, pour la course du lendemain, arrivent dans la nuit, il va assister les gardians, qui les poussent au toril, à la suite du dondaïre, le gros bœuf à sonnaille.