Gardez-leur la foi, ô saintes!—La foi donne ce qu’on souhaite.

Et l’on attend quatre heures, l’heure où descendront les châsses.

A quatre heures juste, le volet de la haute fenêtre, tout là -haut, sous l’ogive de la nef, s’ouvrira. Les châsses descendront vers les bras tendus. On élèvera vers elles les petits enfants. On soulèvera vers elles les bras morts des paralytiques. Vers elles les aveugles tourneront les globes tout blancs de leurs yeux, ou leurs orbites vides et sanguinolentes.

En attendant, Livette qui est là , au beau milieu du monde, bien en face de l’autel, devant la grille par où l’on descend dans la crypte, se prépare à chanter le solo d’invocation. C’est sa voix fraîche, pure, qui va devenir celle de tous ces misérables, accablés sous l’impureté de leurs maux.

Juste au-dessous du maître-autel constellé de cierges, les bohémiens accroupis, des cierges aux mains, invoquent Sara dans leur crypte. Ce caveau est noir. Les bohémiens sont noirs. La petite châsse vitrée de sainte Sare, sous la crasse des ans, est devenue noire. Du milieu de l’église, on voit, par la grille du caveau ouverte comme un soupirail d’enfer, les nombreux points brillants des cierges d’en bas, mobiles dans les mains qui les tiennent. Une sourde rumeur de prière vaincue sort du soupirail.

Dans l’église, depuis un moment, pas une main qui n’ait son cierge, et tous, de l’un à l’autre, se sont allumés rapidement. Toutes ces étincelles dansent. Noir aussi est l’intérieur de cette nef. Les hauts murs, percés de meurtrières, sont encrassés par le temps. Et toute cette obscurité, où rampent souffrance et misère, est étoilée comme un ciel. Pour les bohémiens de la crypte qui ne verront pas, eux, descendre les saintes châsses, ce sol de l’église, qu’ils entrevoient d’en bas par leur soupirail, est déjà un ciel supérieur, le monde des élus.

Ces élus, hélas! se trouvent des damnés. Leur ciel à eux, c’est cette chapelle haute, dans laquelle dort—sous le bois colorié des caisses en forme de cercueil double—le pouvoir invoqué, qui peut-être restera sourd, le pouvoir tout-puissant, qui peut-être ne s’éveillera pour personne, le merveilleux pouvoir d’où dépendent les guérisons, et qui détient le bonheur!

Tel est, ce jour-là , l’intérieur à trois étages de l’église des Saintes-Maries. Et par-dessus la chapelle haute, il y a le clocher qui voit le dehors. Entouré du vol incessant des hirondelles et des mouettes, depuis des siècles, il regarde le désert scintillant, l’éblouissante mer, l’infini muet qui a l’explication des choses, lui, et qui pourtant rayonne, rit.

L’heure approche. La foule halette de chaleur, et d’espérance et de crainte.

Renaud n’est pas là .