Il est bien certain qu’il y a, dans la frénésie de cette prière, toute la rage de souffrir, toute la colère de n’être pas exaucés, une fureur d’animaux, déchaînée contre celles-là mêmes que l’on implore!

Cependant le volet double ne s’ouvre pas encore là -haut. Et, selon la recommandation de M. le curé, Livette doit reprendre le dernier couplet.

Elle le recommence donc:

Vous pour qui Dieu fit ce miracle....

... Mais à peine a-t-elle chanté ces premiers mots que sa voix a fléchi, et elle s’est tue. Il y a, dans l’église, quelques secondes d’un grand silence plein d’étonnement. A quoi donc songe Livette?... A quoi? Depuis un moment, bon Dieu! elle fixe obstinément ses yeux sur l’ouverture noire par où l’on descend à la crypte. Au bord de ce soupirail, au ras du sol de l’église, une tête lui est apparue: c’est la Boumiane qui, du fond de la crypte, monte, maligne, curieuse de voir Livette chanter. Juste au-dessous du maître-autel, elle apparaît sur la profondeur obscure du caveau d’où sort la fumée des cierges. Elle arrive de son royaume d’en bas, et, avec sa couronne de cuivre et ses anneaux d’oreilles qui reluisent, avec sa peau sombre, ses yeux d’un noir en feu, elle fait à Livette l’effet d’une vraie diablesse d’enfer.

Zinzara a monté encore deux marches, et son buste paraît. Elle a dardé sur Livette son regard perçant, fixe. Voilà pourquoi Livette s’est troublée, invoquant de toutes ses forces, contre cette femme de la chapelle du dessous, celles de là -haut, les femmes de pitié, les Saintes.

Et voilà que, là -haut, les volets qui cachaient les châsses se sont ouverts. Et, au bout des deux cordes ornées çà et là de petits bouquets, les châsses suspendues, en se balançant, descendent, avec de légères saccades, très lentement.

N’est-ce pas ici l’image de toute la vie? Voilà tout notre monde! Quelque chose du ciel descend; quelque chose de l’enfer monte; et nous souffrons de terreur et d’espérance.

Saintes Maries!

Au milieu des vociférations, Livette perd la tête, elle oublie de chanter, et entraînée par la folie commune, espoir et terreur, elle se prend à crier avec tous les autres, comme une perdue, tandis que Zinzara, là -bas dessous, la regarde toujours de son œil fixe.