«—Tu as vu!—Oui, j’ai vu!»

Et la promenade reprend de plus belle.

Ah! le vieux forban, que ce Christophore!...—Comme il se hâte dans sa course, son mensonge sur ses épaules!—C’est un pauvre habitant des Saintes, à qui la présence de tant d’étrangers tous les ans rapporte quelque chose, comme à tous les Saintins, et qui promène, joyeux, sa réclame vivante!

Le lendemain, on retrouve l’enfant du miracle toute seule au pied du calvaire, sur la plage, laissée là un instant par la femme ou l’enfant qui la guide.

«—Eh bien, y vois-tu?—Non.—Et alors, le miracle?»

Oh! la pauvre enfant! De sa voix plaintive elle répond: «—Il est reparti!—Mais tu as vu, hier?—Oui.—Si tu y voyais, pourquoi te portait-on?—Oh! monsieur, je voyais seulement des fleurs, des lis de feu; mais pour marcher, oh! non, je n’y voyais pas!... Et à présent c’est tout noir. Je n’y vois plus, plus du tout;... oui, le miracle,—il est reparti!»

Dès que les châsses sont remontées, on sort de l’église en procession, pour aller bénir la mer, cette mer qui a porté les saintes jusqu’en Camargue, et où, tous les jours, se risquent les braves pêcheurs.

Le curé marche en tête. Il tient dans sa main un reliquaire: c’est le Bras d’argent, creux, où sont enfermées, visibles à travers une petite vitre carrée, quelques reliques des saintes.

La foule en ordre, suit. On est cinq cents, on est deux mille, en rang. Des milliers de pèlerins, juchés sur les dunes, regardent la procession qui se déroule, en serpentant, le long de la plage sablonneuse où dorment, tirés à terre, quelques bateaux plats.

Derrière M. le curé, six hommes portent sur leurs épaules une image peinte et taillée, assez grande, en bois: les deux saintes dans la barque. Pour se disputer l’honneur de remplacer les porteurs, on se bouscule si souvent et en si grand nombre que la barque tangue et roule sur les épaules des gens comme si elle voguait sur la mer par un grand vent.