Sainte Sare, la sainte noire, arrive ensuite, portée par des bohémiens aux cheveux sombres, aux faces fauves, aux yeux de jais très luisants.... Les petits de ces hommes, pendant ce temps, se glissent à travers la foule comme des rats, entre les jambes du monde, et volent mouchoirs et bourses.
Et, à la suite des saintes, arrivent des jeunes filles, des jeunes garçons, tenant des lis, des lis parfumés, apportés en gerbe, chaque année, par des fidèles, pour cette procession.
D’autres tiennent des cierges dont les flammes jaunes ne paraissent plus rien, sous la pleine lumière du soleil, mais les lis embaument.... C’est la joie de Livette, ces lis.
M. le curé arrive au bord de la mer. Il étend le Bras d’argent. Alors la mer, une seconde, recule... seulement un peu. Les pauvres femmes des pêcheurs font vite un signe de croix....
Et tous ceux qui, debout sur les dunes, regardent la procession se dérouler, voient, à mesure qu’elle avance, les porteurs qui sont en tête grandir, grandir à chaque pas, de plus en plus, par un effet de mirage.
Et, sur les épaules de ceux qui les portent, les saintes avec eux lentement grandissent, grandissent dans la lumière, montent vers le ciel, démesurées comme une vision....
—Protégez-nous, grandes saintes! que la mer, cette année, soit bonne aux Saintins!
... Pauvres gens, pauvres âmes! A l’an prochain.
... Chaque année, c’est la même chose. Tout cela reviendra toujours, comme les saisons.
Le lendemain du jour où les châsses sont remontées, le gros des pèlerins quitte le village.... Tous les campements sont levés presque à la même heure.