Les carrioles de toutes sortes, les cabriolets, les dog-carts, les chars à bancs, les jardinières, les casse-cou, les breaks des fermiers riches, les charrettes des paysans, recouvertes de tentes posées sur des cerceaux, emmènent sept ou huit mille, jusqu’à dix mille voyageurs de tout âge, sains ou malades, et le long défilé s’éloigne en serpentant sur la route plate, entre deux déserts. Çà et là , sur la gauche du défilé, des cavaliers, beaucoup portant une fille en croupe, se cherchent, s’attendent, se rejoignent, puis partent au galop pour dépasser la caravane.

Et c’est encore un spectacle que ce départ, pour les Saintins qui, par groupes bruyants, aux abords du village, font un dernier geste d’adieu aux hôtes qu’ils ont exploités.

Ceux qui par force, ayant hébergé des amis, ont dû mettre à moins haut prix leur hospitalité, répètent allègrement cette formule comique, moins arabe à coup sûr que les chevaux du pays: Les amis qui viennent nous voir nous font toujours plaisir: Si ce n’est pas lorsqu’ils arrivent, c’est quand ils partent!

Le surlendemain du jour où la bohémienne avait souri au gardian, quand défila à son rang, en queue de la caravane, la troupe des zingari, les uns montés sur des rosses étiques, d’autres cahotés dans leurs misérables charrettes,—quelques femmes, à pied pour mieux mendier, portant sur leur échine leurs enfants roulés dans des toiles en bandoulière,—on remarqua que la voiture de la reine n’y était pas.

Zinzara était restée aux Saintes.

Elle voulait se donner la joie de rebuter le gardian de qui elle avait pour le soir même accepté un rendez-vous.

Voici ce qui s’était passé....

Pendant la ferrade, Renaud avait chuchoté à l’oreille de Zinzara:

—Ah! je te tiens, boumiane! et c’est dommage devant tout ce monde!

—J’ai, ma foi, en ce moment, la même pensée, avait-elle répondu, très touchée du beau sang-froid qu’il venait de montrer pour la défendre.