—Eh bien, lui avait-il dit, j’irai te parler tout à l’heure. Les nuits sont belles.

—Non, demain, fit-elle, demain, entends-tu, après le départ des voitures.

Mais à la fin de la course, tout de suite, quand il vit venir à lui Livette pâle, si pâle qu’elle semblait une morte, il fut pris d’un grand remords.

«Elle m’a vu, se dit-il, et elle souffre par la jalousie.»

Et si grande lui vint la pitié pour la petite demoiselle, qu’il se sentit capable de lui sacrifier une bonne fois, au moment où c’était devenu le plus difficile, le désir fou qu’il avait de l’autre. Toute la douce amitié qu’il avait dès le premier jour éprouvée pour Livette, si différente de la passion, si bonne à ressentir, lui revint comme une bouffée d’air salubre qui réveille d’un rêve méchant.

En plus, il était tout surpris et comme déconcerté de n’avoir pas, des promesses formelles de la gitane, la joie qu’il en attendait lorsqu’il y rêvait dans le désir!

Livette quitta Renaud pour rejoindre son père. Elle ne devait rentrer au château que le lendemain au soir, deux ou trois heures après le départ des pèlerins, afin d’assister à la fête jusqu’au bout, et d’éviter la grosse poussière et la lenteur forcée du défilé.

Et ce jour-là ,—dans l’après-midi,—Renaud rencontra M. le curé.

—Bonjour, gardian. Qu’as-tu, mon garçon? Ton air est préoccupé.

—Oh! curé, fit Renaud, il est difficile parfois de bien faire!