Livette avait pardonné à Renaud. Renaud ne s’était pas pardonné à lui-même.
Quelquefois il la regardait avec attendrissement et il souffrait en elle, des heures entières. Quelquefois il avait contre elle de subites rages, et comme des accès de méchanceté.... N’était-elle pas l’obstacle? Il se croyait, dans ce moment-là , possédé d’un diable, et près du lit de Livette, il s’agenouillait alors en invoquant les saintes, les femmes de pitié.
—Oh! maintenant, comme elle était amaigrie! Ses yeux semblaient avoir grandi, et, de bleus qu’ils étaient, être devenus noirs, parce que la pupille en était toujours dilatée. Ses longs cheveux blonds ne luisaient plus. Il semblait que l’eau boueuse du marais les eût ternis pour toujours.
Elle tressaillait souvent à des bruits qu’elle croyait entendre.
Elle, qui jadis ne parlait guère, elle ne cessait de conter des choses qu’elle avait rêvées, se fâchant lorsqu’on ne s’en souvenait pas.
Les médecins d’Arles essayèrent de tout. Rien n’y fit.
—Je ne veux plus de leurs remèdes, dit-elle un jour à Renaud. Pour la fièvre du marais, oui, peut-être, ils y pourraient faire, mais il y a autre chose. C’est mon cÅ“ur que tu as noyé... Je ne te croirais plus: il vaut mieux que je meure.
Elle n’avait rien expliqué à son père, à la grand’mère.
—Ils t’auraient chassé, disait-elle, et je voulais te voir jusqu’à la fin.
Son voyage au mas d’Icard, sa fuite nocturne, son accident, tout était mis sur le compte d’un accès de fièvre, qui l’aurait fait agir, tandis qu’au contraire son mal venait de tout cela.