Le père et la grand’mère étaient accourus.
Le père sanglote aussi et ne sait que faire. La grand’mère, lente, s’assied au chevet du lit où Renaud, bien doucement, a déposé Livette....
Muette, calme, la vieille, vers le crucifix de cuivre, vers les images des Saintes, accrochées au fond de l’alcôve, lève un long regard, beau de confiance.
Et—sur le lit—Livette poussant ses cris d’oiseau perdu, crispant ses doigts autour d’elle comme pour se rattacher à la vie, aux roseaux du marais où elle croit se noyer encore,—Livette se meurt....
Livette est morte.
Les gardians, à cheval, la pique baissée, l’ont accompagnée au cimetière. Son chien préféré l’a suivie.
Renaud, sur sa tombe, a mis des lis. Elle dort dans le cimetière des Saintes, au pied des dunes, sous les lis cultivés, parmi les asphodèles sauvages, au bord de la mer.
Renaud est retourné au désert, trop pareil à ce taureau qui, blessé dans le cirque, regagne ses horizons, les solitudes du marais, où il pourra lécher ses blessures, se répandre en fureur, meugler aux nuages, et secouer inutilement mais en liberté le fer resté dans la plaie.
On a trouvé un jour, au bord du Vaccarès, le corps sanglant de Rampal, percé de deux coups de corne. Bernard seul a pu voir son duel avec Renaud, un soir, à l’heure où le couchant est tout rouge.... Ils se prirent corps à corps, au milieu même de la manade, et Renaud, soulevant de terre son ennemi, à pleins bras, le coucha de dos, crevé, sur les cornes d’une taure qui arrivait contre eux, et qui, d’un coup de sa tête lourde, rejeta en l’air un cadavre.
Sans un cri, Rampal était mort. Où Rampal tomba, il resta trois jours. Les taureaux noirs, qui neuf jours pleurent lorsque l’un d’eux est tombé mort dans le pâturage, mugirent trois jours durant, autour du corps de Rampal, de loin.