Ils s’asseyaient et ils regardaient.
Ils ne parlaient pas. Ils vivaient en silence, au bruit du Rhône dont les petites vaguelettes, obliquement, sur les bords, viennent jouer, s’attacher dans les pieds innombrables des roseaux, des peupliers jeunes, tandis que le gros du courant passe au milieu, pressé, rapide, comme en hâte d’arriver là -bas, à la mer qui est sa perte.... Ils rêvaient, ils ne parlaient pas.
Ils se sentaient vivre de la même vie que tout ce qui les entourait. De temps en temps, un martin-pêcheur, azuré et mordoré, filait devant eux, se posait sur une basse branche, regardant l’eau de côté, le bec en arrêt, puis brusque, traversait le Rhône. Et avec l’oiseau bleu, leur pensée traversait aussi le fleuve, s’arrêtait là -bas, sur quelque branche courbée en arc dont le fin bout trempait dans l’eau, tout vibrant de la course du fleuve, et entouré d’écumes accumulées, de feuilles mortes, de brindilles. Comme un sorcier, l’oiseau, tout à coup, avait disparu!...
—C’est joli! disait parfois Livette.
Et c’était tout.
Lui ne répondait pas. Il ne savait que lui dire. Il était trop heureux. Le roi n’était pas son cousin!
Aux heures du soir, beaucoup de tout petits lapins, des jeunes, en cette saison de mai, sortaient du parc, des haies sauvages, et jouaient presque invisibles, gris, dans l’ombre au pied des buissons, trahis par l’agitation d’une touffe d’herbe, d’une branchette basse, horizontale, qui barrait leur coulée.
Il y avait aussi, pour la joie des deux fiancés, la chanson du rossignol, à l’heure où la lune monte. Écoutez-là : c’est toujours beau, dans la nuit, cette chanson du rossignol. Il commence par trois cris distincts et bien prolongés; on dirait un signal, un appel convenu; cela commande l’attention. Puis la modulation s’élève, hésitante. On dirait qu’il est timide, qu’il a peur de n’être pas exaucé.... Mais bientôt il prend courage, il s’assure, et le chant monte, s’élève, éclate, se répand dans un tumulte ordonné.... Et c’est l’amour, c’est la jeunesse et l’amour qui ne se contiennent plus, que rien n’arrête, qui réclament leur droit à la vie.... Il se tait.
Il s’était tu, que les amoureux écoutaient longtemps encore le chant de l’oiseau se répéter dans l’écho ténébreux d’eux-mêmes.
... C’était l’heure de rentrer. Ils se levaient, s’acheminaient vers la ferme qui est tout proche.