—Tu ne te délivreras plus de moi!
A la longue, de plus en plus inquiet, il eut horreur d’elle comme d’un insecte malfaisant, vu en rêve, araignée ou mouche à poison, qui se mettrait à vous suivre opiniâtrément, ou comme d’une couleuvre qui, prise de haine intelligente, étrange, s’obstinerait sur vos traces, implacablement patiente, et deviendrait épouvantable, malgré la petitesse inoffensive, par le surnaturel acharnement.
Et en vérité, la fermeté rageuse, la persévérance maligne, l’entêtement démoniaque de cette femme, protégée par sa beauté et par sa faiblesse, étaient effrayants.
Mais le jeu des muscles, qui faisait ondoyer cette peau féminine, luisante, humide maintenant de sueur, intéressait l’homme, malgré tout, lui plaisait toujours davantage. Le désir, en lui, se réveilla. Et, tout aussitôt, il n’accepta plus sa défaite, eut une révolte.
—Prends garde!... cria-t-il alors, et il poussa son cheval, l’éperonnant; mais, pincée aux naseaux, la bête ne fit que trois bonds et demeura immobile, soufflant du feu.... Pauvre Blanchet, qui avait connu les caresses et les gâteries de la jeune fille! il apprenait maintenant à connaître la femme.
Enfin, la bohémienne lâcha sa double proie.
—Pars! tu m’as assez vue! dit-elle tout à coup.
Renaud la regarda encore un instant sans rien dire et sans bouger. La force et le chaos de ses tentations l’arrêtaient une seconde encore, le fixaient là .... Cette chose extraordinaire (qu’il ne retrouverait pas) était donc finie!...—Des idées violentes, nette chacune, confuses par le nombre, se heurtaient dans sa tête. Comment n’avait-il pas mis fin plus tôt à ce combat? Que dirait-on de lui quand on le saurait? Comment avait-il pu, lui qui était le roi de la lande, ne pas se baisser pour ramasser cette joie? Mais Livette!... Ah oui! Livette!
Il enfonça brusquement ses deux éperons dans le ventre de Blanchet qui vola vers les Saintes.
La bohémienne, debout sur le rivage, regarda son fuyard longtemps. Elle souriait. Elle repassait en elle-même les péripéties de la lutte, et mesurait sa victoire. Elle rappelait une à une, pour en bien jouir, les idées qui avaient passé par son esprit lorsqu’elle avait marché vers le rivage.