—Voyez! dit-elle ingénûment en tendant son bras pour qu’il touchât l’humidité sur sa manche de laine. Mais lui, ne tendit pas la main. Il n’était pas, ce soir-là , à Livette tout entier, comme à l’ordinaire. Chose bien drôle, elle ne l’intimidait pas, ce soir. Il n’était pas, comme d’habitude, tout saisi, devant elle. Elle ne le dominait plus. Et il s’en voulait. Il souffrait.
Il reconnaissait en lui-même que sa pensée était bien plus au souvenir de la journée, qu’avec sa fiancée qui était là , si près de lui.
—A quoi pensez-vous? fit Livette, qui, depuis un moment, quoiqu’on fût dans l’ombre, fixait son regard sur lui comme si elle eût pu voir distinctement son visage. Décidément, elle le sentait ailleurs. Rien de plus subtil que ces divinations d’amoureuse.
—Je pense, dit Renaud un bon moment après la question,—à mon cheval que je reprendrai demain à Rampal, s’il est en Camargue ou en Crau.
—Et puis?
—Et puis? dit-il... je pense à la Cabane du Conscrit où il est peut-être à cette heure,—caché.
—Et puis encore? insista Livette.
—Eh! que sais-je, moi! à la fièvre,—à tout ce que nous venons de dire....
—Hélas! fit la mignonnette, et à moi, Renaud, pas du tout? on n’y pense plus?
Elle avait la voix triste.