Elles accoururent à l’appel de Blanchet, à celui de Le Doux, à la voix du gardian. Les cavales étaient blanches comme le sel. Elles arrivaient les unes au petit trot, d’autres au galop, quelques-unes suivies de leur poulain; passaient la tête entre des roseaux, regardaient curieusement et restaient là ,—ou bien, comme espiègles, repartaient avec l’air de dire: «C’est le dompteur, allons-nous-en!»—Et des ruades du côté de l’homme.

Quelques taureaux, quelques taures noires, sèches, nerveuses, fouettant leurs flancs de la queue, arrivaient aussi, prenaient peur, se souvenant d’avoir été châtiés pour quelque méfait, et, tournant la croupe, détalaient de même, puis, hors de vue, s’arrêtaient vite....

Comme le dondaïre demeurait là , bœufs et chevaux ne s’écartaient guère.

Quelques-uns, les plus sages ou les plus vieux, s’agenouillaient lentement, comme pour reprendre le repos interrompu, puis flairaient le sol autour d’eux, enveloppaient de leur langue torse une touffe d’herbe salée, la tiraient à eux et mâchaient, une bave d’argent leur tombant du mufle.

D’autres, ainsi couchés, se léchaient doucement. Une mère qui faisait téter son veau le regardait d’un œil très doux, très calme.

Ici un étalon s’approchait d’une cavale, faisait deux bonds à côté d’elle, la queue haute, la crinière énergique, avec un appel de la voix, hardi, sonore, puissant,—puis se cabrait, et quand la cavale, sous lui, se dérobait, il la mordait, évitant aussitôt, d’un écart brusque, le coup de pied qu’elle détachait vers lui.

Plus d’un taureau aussi faisait la cour aux femelles, se soulevait, lourd, sur ses jambes de derrière,—retombait à vide sur ses quatre pieds.

Le réveil du troupeau n’était pas complet. Des lassitudes liaient encore ces bêtes dans l’engourdissement. Elles attendaient le soleil.

Renaud s’approcha d’un étalon à demi dompté, qu’il avait monté quelquefois, et lui lança au cou le séden qu’il préparait à cette fin depuis un moment, le séden de Blanchet, de Livette, tout sali de boue par la chute de tantôt!

Il offrit du sucre à la bête sauvage, qui se laissa seller sans trop de résistance, désireuse peut-être de retrouver pour un jour le foin abondant des écuries du Château, dont elle avait le souvenir.