Renaud dit à Blanchet:
Et sur sa monture fraîche, la pique au poing, il repartit, dans l’idée de chercher Rampal.
L’étalon que montait Renaud était son préféré, celui qu’il avait appelé Leprince.
Et Renaud éprouvait une satisfaction honnête à se dire que du moins ce ne serait plus le cheval de Livette qui aurait à supporter ses caprices et ses violences d’amoureux. Il se sentait, de cela, bien aise, allégé d’une triple responsabilité, de cavalier, de gardian et de fiancé.
Leprince parut désappointé quand Renaud le contraignit à tourner la croupe au Château d’Avignon.
Renaud se dirigeait du côté de la cabane dont lui avait parlé Audiffret. Il était bien possible, en effet, que Rampal en eût fait son gîte. Il voulait savoir. Or, cette cabane étant, comme on sait, non pas en Camargue, mais en Crau, non loin du mas d’Icard, à près de neuf à dix lieues dans l’est, il fallait passer le grand Rhône. Mais, en ce vaste pays plat, les cavaliers parcourent de très longues distances pour un oui ou pour un non, et trente ou quarante kilomètres n’étonnaient pas Renaud.
Vu l’endroit où il se trouvait, le plus court lui parut de longer le Vaccarès au sud.
La bonne fraîcheur du matin chassait de lui les pensées noires, les visions, les cauchemars; il éprouvait un peu de calme. Du reste, brisé par la fatigue, il se sentait à moitié endormi, et trouvait cet état délicieux. Il ne se sentait plus la force de suivre ses pensées, de les guider encore moins, en sorte qu’il était soumis, comme une chose, comme une herbe, à l’air qui passe, au rayon qui brille.
L’heure et la couleur du jour étaient vraiment réjouissantes, et une gaieté physique entrait en lui, qui ne réfléchissait plus.