Livette, sur son cheval, rêveuse et triste, parmi les bavardages, attendait toujours ses amies.
—Que disiez-vous, par ici? interrogèrent, en arrivant, les dernières venues.
Et mises au courant, chacune, sur les saintes et la servante Sara, disait son idée et son mot, sans s’occuper des paroles des autres,—si bien que le caquetage des filles et des femmes semblait ici un ramadan d’agaces et de geais ramassés dans un de ces bouquets de pins qui sont isolés au milieu de la Camargue.
—Je vous demande un peu si c’est juste, criait l’une des femmes, de ne pas mettre aussi partout le portrait de sainte Sara! Une sainte est une sainte, et où il y a une sainte, il n’y a plus de servante!
—Les saintes ne sont pas fières! et d’être ou non en peinture, sainte Sara s’en moque un peu!
—Qu’elle s’en moque, c’est possible, mais c’est un affront qu’on lui fait!
—Eh! dit une autre, le bon roi René et le pape ont su ce qu’ils faisaient, en arrangeant ainsi les choses. Sara était femme de Ponce-Pilate, et c’est elle qui avait conseillé à son mari de se laver les mains du crime des païens!
Un murmure de réprobation courut parmi les commères.
—Ah! voici la vieille Rosine, qui va nous mettre d’accord.
Sur son cheval immobile, Livette écoutait vaguement ces choses. Elle était distraite et intéressée.