Quand la vieille Rosine, très sourde, eut fini par comprendre ce qu’on voulait d’elle, et qu’elle devait s’expliquer sur Sara la servante:

—Ah! mes enfants, dit-elle, Dieu connaît les siens, et Sara est à coup sûr une grande sainte....

Rosine, ici, fit un signe de croix, et fut, par toutes les vieilles, imitée aussitôt.

—Mais, ajouta Rosine, Sara était païenne d’Égypte, et non pas Juive de Judée; et les païens, voyez-vous, marchent, dans l’estime du monde, bien après les Juifs. Ne voyez-vous pas que les Juifs sont semés un peu partout, mais partout s’arrêtent et deviennent les maîtres par la force de l’avarice? Cela est leur manière d’être bénis de leur Seigneur. Mais les païens d’Égypte, au contraire, sont errants et pauvres quoique voleurs, et plus dispersés et plus maudits que les Juifs.... Eh bien, voyez-vous, mes enfants, sainte Sara est leur sainte, oui, la sainte des païens d’Égypte! C’est une sainte pas bien catholique, celle qui, pour payer son passage au batelier, lui donna, avec la facilité, je pense, d’une ancienne pécheresse,—le spectacle de son corps tout nu! Elle passe donc justement après les deux Maries, car il y a des rangs dans le ciel. Et voilà pourquoi les ossements de sainte Sara ne sont point entre les planches de la grande châsse de l’église, mais sous les vitres de la toute petite châsse qui est dans la crypte, comme qui dirait dans la cave. La cave est un endroit assez bon,—sous les pieds des chrétiens,—pour les bohémiens de malheur! et il est juste qu’il en soit ainsi.

—Rosine a bien parlé! s’écria l’une des femmes. C’est le malheur du pays que la fréquente visite des bohémiens. Quand arrivent nos pèlerins, riches et pauvres, croyez-vous qu’ils soient bien aises de trouver installés ici tous ces gens malfaiteurs, qui, si adroitement, savent voler mouchoirs et bourses? Croyez-vous que cela ne nous enlève pas du monde? Que de gens viendraient peut-être qui ne se veulent pas compromettre en tel voisinage!

—Ah çà ! va, allons donc! dit une bossue, ceux qui ont la foi ne s’arrêtent pas en route pour si peu! Et ceux qui, ayant un mauvais mal, l’espèrent guérir chez nous, n’ont pas peur de ces voleurs ni de leur vermine. Otez-moi ma bosse, grandes saintes, et je me charge bien de m’ôter toute seule, les uns après les autres, mes poux et mes puces!

Il y eut un énorme éclat de rire qui, comme par enchantement, s’arrêta tout de suite.... La petite porte de la citerne venait d’être enfin ouverte, et au bruit de l’eau jaillie du robinet, toutes les femmes couraient prendre, non sans menues querelles pour la priorité,—leur rang à la file.

Enfin arrivèrent quelques jeunes filles amies de Livette.

Les voyant venir d’un peu loin, elle alla à leur rencontre.

Quand Livette se fut éloignée: