—A la prochaine, Renaud! Après ça, tu peux y compter, un homme, n’est-ce pas, se doit revancher!
Mais sa voix se perdait, grêle, dans le ronflement du mistral.
—Rends-moi ma selle! cria-t-il plus fort.
La selle du gardian, c’est toute sa fortune. Il la soigne, l’aime, en est fier.
—Ta selle? répondit Renaud plein de méfiance.... Suis-moi, viens la prendre! Bernard te la rendra.
Et, haussant les épaules, il rejoignit, sans autre parole, la manade à laquelle il reconduisait le cheval amaigri dont Rampal avait abusé.
En vérité, il était content que Blanchet n’eût pas été de ce duel.... Il le reconnaissait de loin, Blanchet, perdu là -bas parmi les aigues, mais plus soigné, plus fin que les autres bêtes. Un vrai cheval de demoiselle, tout vaillant qu’il fût!... Il allait donc pouvoir le rendre à la maîtresse, à présent qu’il avait, outre Leprince, son ancien cheval. Et l’orgueil de la victoire enflait ses narines. Sa poitrine respirait tout le grand large.
Il pensait à deux femmes—oui à deux, pas à une seule!—qui, en apprenant la chose, se diraient de lui: «C’est un homme!» Et le beau cheval de Renaud ressentait toutes les fiertés de son cavalier, dans la liberté qui lui était laissée de marcher fièrement pour son compte, avec des bonds d’étalon vainqueur à la course sous les yeux de tout son troupeau.
XV
M. le curé des Saintes était un homme de près de soixante ans, bien conservé, très grand, solide, avec des yeux fort vifs, qu’il éteignait sous des lunettes, et des gestes énergiques que sa volonté rendait lents.